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Pourquoi gravillonne-t-on les routes ?

Pourquoi gravillonne-t-on les routes ?

[INTERVIEW] STÉPHANE HUTTAUX, DIRECTEUR DU TDL MAURIENNE, RÉPOND À NOS QUESTIONS SUR LE GRAVILLONNAGE DES ROUTES

« On dirait qu’ils le font exprès ! », entend-t-on régulièrement après une campagne de gravillonage sur nos routes. Effectivement, ils le font exprès, mais pas pour embêter les usagers. Nous avons rencontré Stéphane Huttaux, directeur du TDL Maurienne, pour pouvoir transmettre les explications de ceux qui travaillent sur les routes à ceux qui les utilisent.

Maurienne Tourisme : Bonjour Stéphane Huttaux. Vous dirigez le TDL Maurienne. Pouvez-vous nous expliquer rapidement quel est le rôle de cette structure ?

S. HUTTAUX : Le TDL Maurienne (Territoire Développement Local) est une entité du Département de la Savoie qui a pour mission principale la gestion des routes départementales (80% de notre activité). Elle compte environ 85 agents des routes permanents et 30 saisonniers. On entretient, on exploite les routes. Il y a aussi tout l’investissement avec le suivi des travaux, la surveillance des risques naturels comme les chutes de blocs par exemple. On a aussi un rôle de porte d’entrée pour les élus locaux. On est à l’écoute et on les conseille dans le cadre de projets communaux ou intercommunaux.

Maurienne Tourisme : Les cyclistes, et de manière plus générale les usagers de la route, rouspètent régulièrement contre les campagnes de gravillonnage. Pouvez-vous nous expliquer en quoi elles consistent ?

S. HUTTAUX : On a des routes qui sont très peu structurées (fondation sous la route qui ne permet pas à l’eau de s’évacuer correctement, l’eau reste piégée gonfle et dégonfle avec le gel – dégel et déforme la route). Du coup, pour freiner cet effet, il faut étanchéifier le revêtement pour que l’eau s’évacue sur les côtés. On utilise donc un ESU (Enduit Superficiel d’Usure) à base de bitume qui est très élastique et s’adapte bien aux routes de montagnes. Le gravillon est une protection de cette couche d’ESU sur laquelle on ne peut pas rouler car elle est collante. C’est le compactage puis le passage et la circulation routière qui va permettre aux gravillons de bien s’imbriquer en mosaïque et de boucher les trous, sur l’émulsion de bitume. Outre l’étanchéité, l’utilisation de l’ESU permet d’avoir une meilleure adhérence des pneus à la route (une fois que les gravillons ont été enlevés bien sûr). Selon certains cyclistes, l’ESU permettrait un moins bon rendement, car moins roulant.

Mais nous savons aussi qu’il y a effectivement un caractère dangereux comparable au verglas. Nous essayons d’améliorer la signalétique d’année en année. Nous avons cette année des nouveaux panneaux qui permettent de sensibiliser l’usager pour qu’il adapte sa conduite et sa vitesse, quelque soit le véhicule (vélo, moto, voiture,…). Ces panneaux informent aussi de la durée des travaux. C’est contraignant, mais indispensable pour garantir une bonne durée de vie à nos routes.

Maurienne Tourisme : La rumeur circule que le choix du gravillonnage est simplement fait pour des raisons économiques ? Est-ce que vous confirmez ?

S. HUTTAUX : Alors… Oui et non. Non, car c’est une solution technique qui est vraiment adaptée à notre relief, sauf quand la route est très déformée. Et oui, car c’est aussi une solution assez économique, quatre fois moins chère que l’enrobé, et qui nous permet donc de réparer quatre fois plus de surface de route chaque année. L’enrobé se refissure aussi plus rapidement au fil des cycles de gel/dégel en montagne et il faudra de toute façon les réparer tôt ou tard.

Maurienne Tourisme : N’y a-t-il pas d’autres solutions que le gravillonnage qui gênerait moins les usagers ?

S. HUTTAUX : On a déjà parlé de l’enrobement. Il existe aussi la possibilité de faire des chaussées bétonnées, mais c’est encore moins adapté que l’enrobé sur les routes de montagne.

Maurienne Tourisme : Les campagnes de gravillonnages sont toujours faites au printemps et en été quand les cyclistes sont de plus en plus nombreux. Ne peut-on pas le faire à un autre moment ?

S. HUTTAUX : Effectivement, et c’est regrettable, mais il y a plusieurs raisons qui l’expliquent. Il s’agit d’une technique pointue qui demande des conditions de mise en œuvre particulières, à savoir : la température  doit être supérieure à 10°C, la chaussée doit être sèche, les matériaux doivent être secs également et il ne doit pas y avoir d’humidité dans l’air ni de brouillard.

En revanche, depuis 2012, on s’est engagé à ne pas avoir de travaux sur les routes au-delà du 15 juillet, et jusqu’à début septembre, pour ne pas trop pénaliser la saison touristique de la Maurienne, qui, on le sait est très fréquentée à cette période. On adapte aussi nos campagnes de gravillonnage en fonction des événements et manifestations locales.

Maurienne Tourisme : Qu’en est-il du balayage des routes pour enlever les gravillons ? Y a-t-il un délai avant de pouvoir balayer ?

S. HUTTAUX : On ne peut pas les enlever tout de suite pour que les gravillons adhèrent bien à l’émulsion de bitume. Le délai est d’environ 48h. Par contre, on ne balaye pas, on aspire, pour ne pas enlever les gravillons fraichement posés. Avec un trafic régulier, il n’y a plus de cailloux dans un délai d’environ 15 jours.

Maurienne Tourisme : Merci Stéphane Huttaux pour ces explications. Nous invitons nos lecteurs à suivre l’état des routes et les prévisions de travaux sur notre page Internet « OUVERTURE DES COLS ET TRAVAUX »alimentée automatiquement par le système d’information du Conseil Général de la Savoie.


Le TDL Maurienne nous a transmis son document interne de présentation des actions mises en oeuvre depuis 2012 pour améliorer la réfection des routes en fonction du tourisme en Maurienne. On retrouve les points suivants :

- Limiter le morcellement des zones traitées perçu comme très pénalisant pour les cyclistes,

- Travailler par itinéraire pour éviter d’intervenir chaque année.

- Améliorer la communication (sur nos routes, et notamment informer le cycliste dès le début de la montée, information presse, communes, Maurienne Tourisme, etc…)

- Améliorer la signalisation de chantier (rappel tous les 500m)

- Eviter dans la mesure du possible des ESU en fin de semaine sur les routes touristiques (si ESU le vendredi, prévoir du balayage le WE)

- Balayage au plus tard dans les 48 heures après l’application (si ESU le vendredi, prévoir du balayage le WE)

- Compactage intégré à l’atelier (à partir de 2014)

NB : Fin 2013, dans le cadre d’une étude complète sur le vélo en Maurienne avec le cabinet IPSOS, nous avions posé une question à un échantillon représentatif de 250 cyclistes.

Concernant plus précisément la qualité des routes et du revêtement, diriez-vous que les routes pour la pratique du vélo en Maurienne sont… ?

-       En meilleur état que dans d’autres sites ou régions déjà fréquentées à vélo : 27%

-       En moins bon état : 15%

-       Dans le même état qu’ailleurs : 52%

-       Ne se prononce pas : 7%

Il semblerait donc que la grande majorité des cyclistes en Maurienne ne s’offusque pas de la qualité du revêtement, par rapport aux autres territoires. Il faudra simplement veiller à ce que l’entretien continue d’être régulier pour maintenir un niveau de satisfaction raisonnable et pour que la Maurienne ne perde pas de son attractivité faute de routes de qualité. En revanche, notons que, selon la même enquête, les usagers des routes sont demandeurs de davantage de sécurité sur les routes (bandes cyclables, balayage régulier des gravillons, signalétique, etc…).

Alexandre Gros, Maurienne Tourisme - Interview du 23 juin 2014 à Saint-Jean-de-Maurienne
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